Identité musicale au Bénin : Comment X-Time est passé à côté d’une occasion en or ?

Bien sot serait le premier qui dirait que le Bénin est un pays dépourvu de rythmes musicaux. Du Nord au Sud, en passant par l’Est et l’Ouest, ce ne sont pas les rythmes qui manquent. Bien au contraire, ils sont si diversifiés et variés qu’il nous semble difficile de tous les répertorier.

Et si à une époque la musique se concentrait essentiellement sur la capitale économique – en tout cas, la musique urbaine – force est de constater que ce n’est plus le cas. Résultat : le répertoire musical varie encore plus et chaque artiste tente à sa manière d’apporter sa pierre à l’édifice. Parmi ceux-ci, X-Time.

L’actualité de X-Time est marquée par sa dernière sortie en date : ‘’Adjapiano’’. S’il n’y a rien à redire à la cuisine musicale (qui est assortie d’un beau clip), on ne peut en dire autant des propos de l’artiste qui ont malheureusement fait planer l’ombre d’un coup de frein à la promotion du projet.

L’absence d’héritage pour la génération à venir

Invité sur l’émission Kfé Week-end (TVC), X-Time s’est exprimé à propos de la musique béninoise en général et en particulier sur l’un de ses collègues : Nikanor. Nikanor est un artiste qu’il affectionne bien pour sa musique, mais qui manque « d’héritage » selon lui.

« Il chante bien, mais il n’y a pas d’héritage, rien de ouf », explique- X-Time. Critiqué pour son affirmation, il est revenu sur ses propos pour les clarifier. Ainsi, lit-on dans son explication que « la plupart des artistes aujourd’hui chantent bien, mais avec quel type de musique ? (…) la génération qui va venir sera perdue, elle se perd déjà à chercher à faire les rythmes d’autrui ».

Pensant qu’il urge de trouver une solution, il estime en avoir une. « J’ai pris ma responsabilité, celle de prendre soin d’un héritage laissé par un ancien Béninois, le retravailler pour le maintenir à la manière, histoire de le laisser pour la génération qui viendra après moi ».

Point n’est besoin de relater ici les avis divergents des uns et des autres sur les propos de l’artiste. Qu’il nous soit cependant permis d’exprimer le nôtre.

Reconstruire une recette qui a marché

La question de l’identité musicale est sans doute l’une des plus vieilles questions attachées à la musique béninoise. Bien qu’il soit riche en styles musicaux, le pays peine encore à trouver sa propre touche, son propre style qui pourra s’exporter à l’extérieur. C’est ainsi qu’à chaque nouveau style qui cartonne à l’extérieur, il y a une reproduction de style. Exemple : « Azonto ».

Dans le contexte actuel, l’initiative de X-Time reste louable : moderniser la recette du Gogohoun puis la faire adopter par tous. Et cela fonctionne ! En effet, le morceau reçoit un chaleureux accueil et continue de tourner dans les bars et les boites de nuit.

Malheureusement, la promo est entachée par les déclarations de X-Time qui a commis une erreur.

La bourde de X-Time qui aurait conduit à la catastrophe

Avant même que sorte le clip vidéo de ‘’Adjapiano’’, X-Time se targuait d’être le créateur d’un genre nouveau ; un style original, un ‘’héritage’’ qu’il pourrait laisser à la génération suivante. Le problème ? La modestie qui a déserté le forum ! Bien sûr, qu’il a le droit de se vanter de sa propriété intellectuelle, mais stratégiquement, c’était l’une des pires cartes qu’il pouvait jouer.

En traitant les autres de personnes sans aucun héritage en dépit du travail monstrueux qu’ils abattent, il les incite insidieusement à ne pas partager sa musique. Aussi, le fait de se porter comme créateur d’un style nouveau ne participe aucunement à la mise en lumière dudit style. Expliquons-nous. En mettant plus de lumière sur l’auteur que sur l’oeuvre, cette dernière pâlit et se retrouve dans l’ombre de l’auteur. Par ailleurs, les personnes qui sont supposées relayer le style pourraient penser à ne pas le faire, craignant d’être des pâles copies du ‘’Créateur’’.

Enfin, X-Time freine l’élan des artistes qui pourraient donner une impulsion au concept  « Adjapiano », puisque ceux-ci se diront que si le mouvement décolle, il continuera de se vanter d’en être le précurseur. Au final, il y a si tant de facteurs que le Padawan aurait gagné à se faire plus discret. Travaille dur en silence et laisse ton succès faire du bruit, dit la citation.

Fort heureusement, il semble que la catastrophe soit évitée. En effet, le titre est bien sollicité, et l’artiste a intensifié la promotion autour du concept. Pour ce faire, il multiplie les vidéos d’autres personnalités publiques ayant apprécié le concept (Fanicko, Richard Flash, Tôgbè Yéton, Oluwa Kemy…). Parallèlement à cela, plusieurs autres artistes affichent leur soutien à ‘’Adjapiano’’.

Construire (enfin) une identité musicale 

Il est évident que la nouvelle génération cherche par tous les moyens à résoudre l’épineuse question de l’identité musicale. Il n’y a pas que X-Time qui tente d’y répondre. Ici, entre autres, on ne peut ne pas mentionner les efforts de Bobo Wè avec le Gangan Trap.

Cependant, une seule hirondelle ne fait pas le printemps. Il va donc falloir bien plus que des efforts individuels pour qu’un rythme se trouve et se fixe à l’ADN de la musique béninoise. Pour ce faire, il peut être intéressant de mettre à profit les compétences des beatmakers qui pourraient tous suivre une sorte de ligne éditoriale pour leurs créations musicales.

Mais ce ne sont pas que les acteurs de la musique qui peuvent opérer la magie dans la recherche d’une identité. Les décideurs politiques pourraient, eux aussi, avoir leur rôle à jouer, si ce n’est d’ailleurs un rôle majeur. Une idée pratique serait par exemple d’encourager le mouvement en organisant des festivals servant de plateformes pour les artistes.

Quoi qu’il en soit, on est encore bien loin du bout du tunnel. Il faudra du temps, beaucoup de temps pour qu’enfin le Bénin ait une identité musicale fixe et stable. Les guéguerres entre artistes, la soif de reconnaissance ainsi que la division entre les acteurs de la musique ne laissent pas envisager de belles perspectives.

Rédaction: Ariel Mittag

Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *